J’avais 18 ans en 1982 et je venais d’intégrer Sciences Po à Paris. Et j’avais des cours d’informatique.
Plus exactement on nous avait expliqué ce qu’était un programme, sans que j’y comprenne rien. Et on nous avait demandé d’écrire des lignes de code simples, un programme qui affichait « bonjour » (enfin qui l’imprimait…)
Mais Sciences Po n’avait pas d’équipement informatique, on fumait la pipe (les garçons, pas moi) et on lisait le Monde, vénérable journal où les articles étaient encore écrits à la plume dans l’entre-deux-guerres.
Il y avait un arrangement avec le ministère de l’agriculture voisin, qui acceptait de faire tourner nos programmes. Le processus était donc simple: on perforait des cartes, on les envoyaient au Ministère, qui n’avait pas que ça à faire et nous renvoyait le résultat de notre traitement une semaine après.
On cherchait à comprendre nos erreurs, on re-perforait nos cartes, etc… Pour moi ça a duré quatre mois.
Et cette année-là, Apple atteignait le millliard de dollars de ventes avec l’Apple II.
En 1985, je traine dans les couloirs du Ministère des Finances pour un stage. Il faut remplir un tableau sous Lotus, sous DOS. Je ne sais même pas que le texte peut dépasser une cellule, et quand j’arrive au bord de ladite cellule, je coupe mon mot, et je recommence dans la cellule suivante. Mon boss s’arrache le peu de cheveux qui lui restent. Ça dure un mois.
En 1986, j’entre pour un an chez Apple Europe. Je découvre le Mac, Hypercard et Hypertext, la messagerie interne, la programmation simple avec 4d, le plaisir d’utiliser un ordinateur. Je n’ai jamais suivi un seul cours, simplement RTFM et expérimenté sur le tas.
Ça dure encore.
Crédit photo: OsaMu / Flickr
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